ElectrYclub, la création d’un serious game* lyonnais

Le projet ElectrYclub a tout pour s’offrir l’apparat d’un jeu en réalité augmentée, une immersion dans les entrailles d’un ensemble compact et -a priori – inaccessible pour les habitants. Le dispositif a été lancé le 9 février à Lyon.

*: serious game : Logiciel de type pédagogique, informatif, communicationnel, utilisant une médiation ludique sous forme de simulation, ou bien de jeu interactif.

« La Confluence est un laboratoire grandeur nature permettant d’expérimenter à grande échelle des solutions inédites, dans les secteurs de l’énergie, des transports et du numérique. »

Maxime Valentin, chef de projet à la SPL Confluence

Un territoire de jeu pour les acteurs de la gouvernance urbaine :

Le quartier de Confluence, dont la rénovation et l’extension est encore en cours l’échelle de la ville, apparaît sur toutes les plaquettes promotionnelles de la Métropole, c’est la finalisation de dix ans de travaux et d’ingéniosité technologique, menée de front par la collectivité. Immeubles connectés, panneaux solaires sur les toits et les façades, mise en avant de nouveaux services au quotidien, l’aspect général de Confluence s’apparente à une carte d’exploration et d’expérimentation bien menée, sans bug d’image, sans lag intempestif venant défigurer la façade graphique exemplaire du quartier. En somme, un espace où peuvent s’exercer des expérimentations urbaines avec les habitants. Expérimenter le secteur de l’énergie, le mettre à l’épreuve dans toute sa complexité.

 

L’immersion dans les entrailles du système :

ElectrYclub est un club d’utilisateurs potentiels de l’application ElectrYc, dans le quartier de La Confluence. Programmée par des partenaires du projet Smarter Together (projet à l’échelle européenne), et mise en place par le groupe Enedis, la SPL Confluence et la Métropole de Lyon sur l’espace test de La Confluence. L’application permet, via son smartphone, de visualiser la part d’électricité produite et consommée localement dans le quartier, heure par heure, ainsi que l’historique et les prévisions des douze prochaines heures. Cet outil devient alors l’arme principale du joueur-usager, il lui permet d’entrer dans la matrice du quartier et de son fonctionnement, d’accéder à des données qui lui paraissent invisibles ou hors de portée habituellement, de participer activement à la récolte des données. Il permet surtout de se faire sa propre opinion sur la question de la consommation collective. Le joueur accepte de partager les données qu’il a récolté, ses acquisitions au fur et à mesure de l’exploitation de l’application, afin de les comparer avec les données publiques, d’évaluer son niveau et de se rendre compte de l’efficacité des ressources produites (un cercle vert se forme sur le tracé des consommations lorsque l’énergie est produite par les panneaux solaires). ElectrYc donne accès à ce qui paraît invisible au grand public, et donne accès au fonctionnement de la smart city, qui ne se résume pas à l’innovation constante et la détention du pouvoir par les concepteurs de la technologie de demain, mais qui passe aussi, et surtout, par l’implication personnelle et le dépassement du clivage grand public / institutions et grands groupes, en permettant à chacun de jouer dans la production d’énergie dans la ville.

Un serious game d’aventure et d’exploration :

L’élaboration de l’aspect ludique et multijoueur amené par TUBA a pour but de mettre en situation les utilisateurs, d’une manière différente des démarches habituelles gardant l’usager dans une position neutre. Ici, le joueur peut choisir son rôle et le type d’observation qu’il va effectuer, sous la forme d’un RPG (Role Playing Game), où chaque personne choisit librement son statut, collecte et analyse les données de consommation et points d’intérêt du territoire, afin d’assurer un équilibre entre les joueurs. Ce partage des rôles et des actions à faire sur le temps long (une durée de six mois en tout) a pour but la participation à la fois collective et individuelle à l’équilibre énergétique. Le procédé s’effectue par la constitution de groupes parmi les participants et l’utilisation de fiches mission détaillant leur rôle et leurs actions à effectuer par la suite. L’idée derrière est de montrer que la transition énergétique se joue d’abord à l’échelle collective, avec une prise de conscience de l’intérêt général pour le bien commun, à travers les figures suivantes :

  • Le collecteur de données (qui s’assure que les participants utilise l’application et recueille des éléments en lien avec la thématique de l’énergie, avec par exemple des questions comme : « Quel est votre éco-geste préféré ? »)
  • L’alchimiste (anime le groupe et propose des rencontres)
  • Le reporter (documentation et gestion du retour d’expérience des autres joueurs)
  • Le butineur (entretien de liens avec les autres groupes)
  • L’explorateur (exploration du territoire de la Confluence sur la thématique de la consommation énergétique locale)

L’évolution au sein du jeu et du territoire :

Outre l’aspect de serious game, l’idée est d’effectuer des réunions de groupe sur le long terme, afin que les participants (habitants, employés, étudiants du quartier) se sentent concernés et deviennent acteurs de la transition écologique. D’autre part, le serious game offre un lieu -la SPL (Société Publique Locale, la Maison du Projet Confluence)- permettant un forum de questions et de dialogues afin de déceler les éventuelles failles (surconsommation d’énergie générale sur le territoire, sous-utilisation des panneaux solaires en période de beau temps, amélioration de l’interface de l’application….). Ceci afin d’améliorer la régulation entre l’énergie produite et l’énergie consommée, ainsi que la répartition plus équitable de la distribution d’énergie globale (visibles sur l’application, avec la répartition énergie importée / énergie produite localement).

Au cours de ces journées de regroupement, il y aura cinq temps forts pour jouer à nouveau le jeu de l‘expérimentation, avec des thèmes comme l’alimentation locale, l’économie locale, la mobilité douce et durable, le numérique et l’habitat, l’énergie et l’habitat, qui seront choisis pour être abordés en priorité lors des rencontres. Ainsi, le terme production d’énergie sera pris au sens large, afin de sensibiliser sur les thématiques vastes de ce sujet. Les associations, institutions et grands groupes seront conviés lors de ces tables rondes, pour confronter et intégrer l’avis des habitants dans leur réflexion. Pour favoriser une dynamique de groupe et d’investissement de chacun de façon formelle et informelle, le TUBÀ développera dans ces réunions une méthode permettant aux membres du Club de se constituer en tant que communauté afin de créer un sentiment d’appartenance, une identité commune autour du projet et qualifier au mieux les retours des participants.

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