European Lab – Mirage du Numérique : pour une politique des Big Data

Retours sur la conférence d’Evgeny Morozov – 04 mai 2016

Les lunettes de soleil dressées avec assurance sur les assises nasales de leurs porteurs et les chemises à fleurs délestées des doudounes matelassées. Comme un trailer annuel fidèle à l’arrivée de l’été, l’European Lab de cette année se situait à la confluence de la culture et du numérique. L’air chaud de ce mercredi 4 mai n’était pas le seul responsable à cette montée d’excitation palpable qui régnait dans la ville en ce jour de lancement de l’European Lab. Un large éventail de conférences, de tables rondes, et de workshops sont venus rythmer la 6ème édition de ce forum ouvert à tous. Déclinée en plusieurs entrées thématiques, cette plate-forme IRL se veut un outil de médiation à vocation internationale permettant la rencontre entre intervenants actifs dans le champ économique, médiatique, artistique ou politique et la société civile pour engager une discussion commune sur les potentialités et défis à relever de notre époque.

Journaliste et chercheur émérite d’Havard, Evgeny Morozov, né en Biolérussie, a été appelé à intervenir dans le cadre d’une conférence pour échanger sur la nécessité de mettre en place une politique des Big Data à l’échelle internationale.

Les nouvelles technologies font de plus en plus l’objet de critiques virulentes au regard de l’oligopole des entreprises de la Silicon Valley qui se gargariseraient de nos empreintes numériques pour des fins commerciales. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) seraient selon certains auteurs, l’incarnation de l’idéologie néolibérale en ce qu’elle a de plus perfide, basant leur capital sur la mise à disposition auprès de publicitaires des données personnelles récoltées lors de l’utilisation de leur technologie. Certes ces géants du web ont accéléré le processus de déréglementation et ont largement contribué à l’émergence de nouvelles formes de précarité. Toutefois, selon Evgeny Morozov, derrière cette toile de fond cybernétique se joue une question de premier ordre sur le plan démocratique qui invite à repenser la place et le rôle des acteurs publics.

L’innovation technologique est aujourd’hui considérée comme source d’abondance, permettant l’émergence de solutions venant pallier le déclin des services publics suite aux tremblements qui ont secoués le marché financier ces dernières années. La présentation magnanime, inoculée à petites doses de manière répétée à travers les spots publicitaires, des prouesses d’Apple et consorts, nous pousserait presque à croire à ce mirage numérique comme « Le » remède qui faciliterait notre quotidien et nous ferait sortir de la torpeur de ce monde incertain. Mais « ce socialisme numérique » tel qu’énoncé par l’intervenant, ne doit pas nous leurrer sur le caractère éminemment politique de ces outils numériques qui viennent transformer la manière dont sont produits les services de la ville de demain.

Dès lors, il en va du rôle de la puissance publique de recomposer avec ces nouveaux acteurs de la gestion urbaine afin d’innover en matière de gouvernance et de permettre l’implication des premiers concernés. L’enjeu de redonner leurs données aux utilisateurs est dès lors la pierre angulaire nécessaire à une société démocratique. Les citoyens doivent en effet être placés au cœur du processus de conception pour que ces services répondent aux besoins et attentes des usagers.

N’en déplaisent aux pourfendeurs de cette capitalisation de la donnée, considérant les Big Data comme Big Brother, plusieurs acteurs se mobilisent déjà pour accompagner techniquement et moralement ces transformations sur le terrain. Il faut redonner du sens aux technologies par l’expérimentation de ces services et outils innovants ainsi que par une travail médiation auprès des publics. Connaître pour agir, voilà qui sonne comme une devise pour les organisateurs de ce forum.

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