Logiciel Libre : constat contemporain et enjeux de demain

Dans un précèdent article, nous avons pu retracer l’histoire du Libre en la reliant à l’histoire même de l’informatique et d’internet. Proportionnellement au développement de l’internet propriétaire tel qu’on le connaît, le Libre s’est développé et s’est structuré. À l’aune de scandales autour de l’utilisation des données numériques personnelles à des fins de profilage politique comme le scandale Facebook-Cambridge Analytica, des questionnements citoyens autour du rapport de tous avec les outils internet/numériques ont émergés. Il convient de se demander comment se positionne le Libre et s’il apporte des solutions aux problèmes générés par les logiciels propriétaires.  

De nos jours, le mouvement du Libre est porté par de nombreux acteurs. Le mouvement s’est autant diffusé sur le plan national que sur le plan international. Ces acteurs se fédèrent en groupe, ainsi on parle souvent de “communautés du Libre”. En 1985, au moment de la création de la licence GPL, Richard Stallman fonde la FSF “Free Software Fondation“, une association à but non lucratif dont l’objectif est de promouvoir le Libre tout en défendant les internautes. La FSF couvre également la protection légale de la licence GNU GPL. Aujourd’hui, elle compte plusieurs milliers d’adhérents à travers le monde. 
Le système d’exploitation Linux, le logiciel bureautique LibreOffice (développé à partir d’Open Office) tous deux crée en 1991, ainsi que le moteur de recherche Mozilla Firefox crée en 2002, sont les logiciels libres les plus notables. L’ouverture du code source permet la révision et l’adaptation de ces logiciels, ainsi il en existe plusieurs versions : Neo Office ou encore Apache Open Office pour Libre Office, Ubuntu et Gentoo pour Linux, GNU Icecat et Waterfox pour Mozilla Firefox. En garantissant les libertés fondamentales propres aux logiciels libres, les logiciels libres favorisent l’entraide et le partage. Il existe de nombreux sites référençant des tutoriels, de plus des ateliers gratuits d’installation de ces logiciels sont proposés par des associations libristes comme l’Atelier de Bidouille Informatique Libre à Grenoble. 

En France, il existe plusieurs structures qui portent le libre, de plus des solutions libres y ont été développées comme VLC, un lecteur multimédia comptabilisant plus de 3 millions de téléchargement en 2019 et ayant été crée en 1991. D’autre part, Framasoft est une association de loi 1901 à but non lucratif fondée en 2004 et compte 9 salarié.es. Sur son site internet elle se définit comme un réseau de projet animé par des personnes collaborant autour de la volonté de promouvoir les libertés numériquesFramasoft propose dans ce cadre un ensemble d’outils concrets et pratiques visant à faciliter l’adoption de logiciels libres, de créations culturelles libres et de services libres. Le financement de Framasoft est assuré par des dons directement collectés sur internet. De 2004 à 2019, Framasoft a développé une large offre de logiciels libres. Ainsi durant cette période, Framasoft proposait notamment : Framapad, un logiciel de traitement de texte, Framabee un moteur de recherche ou encore Framasphère un réseau social. (L’ensemble de ces logiciels sont respectueux des données des utilisateurs ainsi que de leur vie privée, tout en garantissant les 4 libertés fondamentales du Libre : celles “d’utiliser le logiciel sans restriction”, “d’étudier son code source”, de le “modifier pour l’adapter à ses besoins” et de le “redistribuer sous certaines conditions précises”). Ils s’inscrivent dans la démarche “dégooglisons internet” proposée par Framasoft qui se veut d’accompagner les internautes vers une indépendance numérique vis-à-vis des GAFAM (Google, Apple, Facebook, AMazon). 
En 2019, Framasoft a annoncé mettre fin à 30 des 38 logiciels libres dans le but d’être en accord avec une démarche de décentralisation d’internet et dans la mesure où plusieurs logiciels proposés sont peu utilisés mais surtout pour encourager l’émergence d’hébergeurs éthiques comme CHATONS. En effet, le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires est un rassemblement de structures pris dans une démarche visant à éviter la collecte et la centralisation des données personnelles au sein de silos numériques comme ceux proposés par les GAFAM. Ces silos situés en France, appelés chaton gratuits ou payants possèdent chacun leur modèle économique et proposent divers services : mails, cloud etc.

Les enjeux du mouvement libres sont ainsi la sensibilisation aux thématiques de vie privée et notamment la collecte de données des grandes entreprises du web comme les GAFAM (Google, Apple, Facebook, AMazon). À l’heure actuelle, l’espèce humaine génère en 2 jours seulement la même quantité de données générée entre son apparition sur Terre et l’an 2003. Vu comme l’étape finale de la troisième révolution industrielle, le Big data connait un essor corrélé à celui de l’utilisation des outils numériques. Selon Gartner (une entreprise de conseil et de recherche), le Big Data peut-être défini comme “un regroupement de données présentant une grande variété, arrivant en volumes croissants, à grande vitesse”. Ces données regroupent l’ensemble des données numériques produites par l’utilisation des nouvelles technologies à des fins personnelles ou professionnelles (courriels, photos/vidéos publiés sur les réseaux sociaux, achats commerciaux sur internet etc.) ainsi que les données issues des capteurs (GPS, montres connectées etc.). Ces données ont également une valeur marchande, en effet la plupart des applications internet comme Facebook sont financées par la pub personnalisée qu’elles proposent aux utilisateurs. Cette publicité ciblée est le fruit d’une transaction entre les applications et sites internet qui récoltent ces données et d’autres applications et sites internet qui les analysent et les utilisent pour anticiper la demande des clients en établissant des modèles prédictifs pour de nouveaux produits et services. Les internautes ne comprenant pas toujours les enjeux des données qu’ils produisent, le Libre fait figure de système alternatif dans lequel chaque internaute peut être acteur de son propre usage numérique en modifiant le code source des logiciels qu’il utilise. 

Bien que respectueux des données privées des utilisateurs et malgré les nombreux dispositifs et structures que compte le mouvement libre, ces logiciels sont actuellement moins usités et moins populaires que les logiciels propriétaires en raison de leur interfaces souvent peu intuitives et de stéréotypes les assimilant à des outils complexes et peu accessibles. Comment donc rendre ces logiciels plus attractifs et plus accessibles à tous dans la mesure où s’approprier un logiciel demande un réel apprentissage informatique et une déconstruction de nos usages numériques quotidien ? Voilà les défis actuels du logiciel libre. 

Sources :