Retour sur la restitution de l’étude du projet UrPolSens

Le 20 septembre 2018, le TUBA a accueilli l’ensemble de l’équipe du projet UrPolSens, labellisé et financé par l’IMU (l’Institut des Mondes Urbains). Cet événement était notamment l’occasion de réunir les participants à l’étude réalisée par Lou Herrmann, chercheuse au laboratoire EVS. Elle a ainsi présenté la restitution de son étude sur la perception de la qualité de l’air. Cette étude s’est déroulée sur une année et a interrogé un panel d’habitants des quartiers de la Croix-Rousse et de Garibaldi. L’étude avait vocation d’explorer les questions du type: De quelle façon perçoit-on la qualité de l’air ? Est-ce qu’un outil numérique peut orienter voire venir changer cette perception ? De quelle manière ? C’est à ces questions que l’étude entend répondre.

La restitution et l’étude a soulevé de nombreuses questions à destination des membres de l’équipe du projet UrPolSens et a également permis d’ouvrir les échanges notamment sur la méthodologie d’un tel projet de recherche.

 

 

Autour de la restitution de l’étude

La restitution de la recherche était l’occasion non seulement de donner à voir les résultats de l’étude à proprement dit, mais également de questionner les enjeux de la recherche, et notamment de la recherche en sciences sociales, et du rôle de la société civile au sein de ces projets. Ainsi, à leur arrivée au TUBA , chaque membre du public a été convié à répondre à deux questions : l’une concernant la recherche en général et son impact sur sa propre vie quotidienne, la seconde sur le rôle des chercheurs en sciences humaines et sociales en particulier.

 

La diversité des réponses à ces deux questions montre une divergence dans l’appréhension de la recherche. Certains ne se sentent pas concernés, ou ne savent pas quoi répondre lorsqu’on leur demande quel impact la recherche a sur leur vie quotidienne. D’autres, davantage familiers ou sensibles au monde de la recherche, mettent l’accent sur un gain intellectuel et scientifique réel. Ainsi, la recherche « offre de la réflexion et une diversité de réponses aux interrogations quotidiennes » ou bien donne « des clefs de compréhension et d’outils pour se sentir partie prenante de la société tout en prenant de la distance par rapport à certains discours ».

Un tel apport réflexif de la recherche sur la vie quotidienne des personnes interrogées est parfois mis en perspective sur un point de vue pratique : elle n’est plus vectrice d’un contenu purement théorique mais « met en lumière des pratiques » avec pour visée une application effective. Par exemple, la recherche en sciences permettrait de trouver des solutions « pour polluer moins et préserver l’environnement » ou bien aux entreprises et associations de « s’adapter au changement et d’innover ».

 

Mais qu’en est-il alors, de la recherche en sciences sociales à proprement dite ? Si la recherche scientifique permet effectivement des apports théoriques mais aussi pratiques, connus dans ses grands traits par le grand public, la recherche en sciences sociales se heurte à des préjugés épistémologiques qui imprègnent la sphère sociale. A savoir, et pour n’en citer que quelques-uns, l’inutilité des sciences sociales, l’obscurantisme de ses théories, ou encore l’inaccessibilité de ces sciences pour un public de non-initiés. Trop complexes, les sciences humaines et sociales comme le rôle des chercheurs ne pourraient être appréhendés par le grand public.

Pourtant, à la question consistant à savoir quel est le rôle du chercheur en sciences humaines et sociales, les réponses se trouvent davantage prolixes. Quatre catégories de réponses peuvent être dégagées :

  1. En majorité, le chercheur en sciences humaines et sociales est perçu comme celui qui « éclaire », « aide » à saisir les problématiques et des enjeux globaux en « analysant » les sociétés.
  2. Pour certains, le chercheur est celui qui annonce ou initie un changement pratique, soit parce qu’il donne à voir ce qui existe « au-delà de notre environnement habituel » et introduit ainsi une ouverture du regard et de la pensée vers ce qui est étranger, soit parce qu’il « favorise l’innovation et le changement des systèmes » qu’il étudie.
  3. Pour d’autres, le chercheur est directement assimilé au projet restitué, et est donc subjectivement et individuellement saisi comme celui qui « analyse la manière dont réagit un citoyen à l’information sur une mesure », ou bien qui « cherche des réponses sur des questions de perception »
  4. Enfin, et pour une minorité de personnes interrogées, le chercheur est celui qui « fait le lien entre la théorie et la réalité des situations vécues ».

 

Ainsi, chacun semble pouvoir se faire une représentation du rôle du chercheur en SHS, quand bien même il ne serait pas familier avec son univers ou bien sa méthode. Plus encore, il ressort de ce questionnaire, un consensus permettant de surmonter l’obstacle épistémologique selon lequel l’on ne pourrait saisir le travail ni le rôle du chercheur en SHS : la recherche fait socialement sens, à la fois parce qu’elle dévoile et théorise des phénomènes humains mais encore parce qu’elle s’en sert pour penser et améliorer la vie pratique de chacun.

 

Retour sur la méthode de l’enquête menée

Pourtant, le préjugé selon lequel la recherche en sciences humaines et sociales et le rôle du chercheur ne sont guère accessibles aux non-initiés pourrait être en partie justifié. Ne serait-ce que la lecture des figures les plus éminentes de la sociologie : Durkheim ou Weber, s’ils veulent rendre compte de la légitimité de leurs recherches à travers l’exposition de la méthode sociologique, ont produit des ouvrages peu accessibles du fait de la complexité de leur propos.

Cette opacité inhérente à la méthode sociologique qui in fine, transparaît sur l’appréhension qu’en a le grand public peut cependant être démantelée, notamment par l’intermédiaire d’un travail de médiation et de vulgarisation scientifique. C’est ce que propose Lou Herrmann à l’occasion de la restitution des résultats de son étude. A travers la création de six panneaux explicatifs, reprenant les 3 grandes étapes de la méthode adoptées à l’occasion de l’étude de perception de la qualité de l’air, Lou Herrmann décrit les enjeux et les outils de la recherche en sociologie.  

 

  • Construire la question de la recherche.

La question de la recherche n’est jamais donnée d’emblée dans l’énoncé qui commande l’étude. Il s’agit ainsi d’abord et avant tout, de procéder à la construction d’une problématique qui va guider le processus de la recherche. La problématique, en sociologie comme en philosophie et toute discipline de recherche, indique ainsi un point de tension à partir duquel va s’axer la recherche et auquel les différentes étapes de la recherche vont tenter de répondre.

La construction de cette problématique se fait à partir d’un énoncé, d’une hypothèse ou d’une thématique préalable (en l’occurrence ici, la perception de la qualité de l’air) qui sera questionnée à travers une analyse conceptuelle. Ainsi, ce sont les comportements des personnes interrogées de même que celui de la perception qui pourront être interrogés ici.

Si cette première étape de la recherche peut paraître tout à fait détachée de la réalité empirique qu’elle prétend pourtant prendre comme objet d’étude, il s’avère que ce n’est pas exactement le cas. Ainsi, la problématique sera toujours dépendante de l’aspect pratique et notamment des outils mobilisables pour effectivement réaliser l’étude. D’où une immixtion du théorique dans le pratique, qui participe d’emblée à discréditer l’idée selon laquelle la recherche en sciences humaines et sociales se cantonnerait de penser à partir et en vue d’un intangible conceptuel.

 

  • Elaborer le protocole de l’enquête

La sphère éminemment pratique liée à la recherche sociologique se manifeste d’autant plus dans l’élaboration du protocole de l’enquête. Le fait même que l’on parle « d’enquête », indique une expérience de terrain qui va devoir prendre en compte des contraintes liées au cadre empirique choisi pour la réalisation de l’étude. Ainsi, le protocole de l’enquête consiste à identifier clairement les méthodes qui seront mobilisées, à élaborer un planning précis et cerner le périphérique humain et géographique pour lequel la recherche va avoir lieu.

Une fois identifiés ces éléments de contexte, plusieurs outils peuvent être utilisés en vue de la réalisation de l’enquête. Ils visent à collecter la matière sur laquelle va porter la recherche. Celle-ci doit répondre à la fois à des enjeux qualitatifs (et l’on mobilisera alors des méthodes comme l’entretien semi-directif) et quantitatifs (le questionnaire sera dans ce cas privilégié).

 

  • Analyser les données

Les données sans analyses sont aveugles. Ainsi, la recherche ne peut s’arrêter à la seule enquête. La matière issue de l’enquête doit faire l’objet d’une approche réflexive et analytique. Selon la nature les données, différents modes d’analyse vont être mobilisés : tableau de bord, élaboration de statistiques ou analyses qualitatives à travers des outils numériques sont autant de moyens par lesquels les données issues de l’enquête vont pouvoir être interprétées.

 

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à venir découvrir les panneaux explicatifs élaborés par Lou Herrmann actuellement affichés dans les locaux du TUBA !

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